Un chemin d'acceptation de soi (témoignage gay)

 

 

 

 

 

Parler d'homosexualité Emmanuel Ménard


Il s'agit d'un recueil de témoignages: différentes façons de vivre son homosexualité, à différents âges, dans différentes situations. Et tellement de points communs: la découverte et l'acceptation de ce qu'on est, le coming-out... De très belles histoires de vies.

aux Editions de La Martinière.

 

 

Rester père

 

 

Christian Krumb a recueilli le témoignage de dix hommes qui ont en commun d'avoir vécu plusieurs années avec une femme, d'avoir eu des enfants, avant de révéler leur homosexualité. A l'exception de l'un d'entre eux, ils se sont séparés de la mère de leurs enfants, pour vivre leur paternité autrement.

 

Les témoignages ne sont pas présentés les uns après les autres comme dans le livre d'Emmanuel Ménard. Le livre suit la chronologie des "événements", des "raisons du mariage" jusque "refaire sa vie". L'auteur essaye à chaque étape de tirer des généralités de l'enquête qu'il a faite. C'est plutôt agaçant, et je pousse mon coup de gueule: Comment peut-on écrire un livre aussi normatif sur un sujet comme celui-là?

 

Exemple de généralisation abusive: "Quel que soit le degré de clairvoyance ou d'exigence de leurs épouses, il demeure que la plupart des hommes leur sont demeurés fidèles pendant toutes les années de leur mariage." Il faut que quelqu'un se dévoue pour emmener Christian Krumb dans un sauna gay un après-midi en semaine, qu'il découvre le nombre de mecs mariés qui y traînent...!

  

L'ouvrage est décevant pour une autre raison. Les témoins de Christian Krumb ne se sont-ils que peu confiés? L'auteur a-t-il voulu ne pas trop en dire pour respecter leurs secrets? Le livre reste superficiel sur le cheminement intérieur de ces hommes. C'est dommage, c'est ce qui fait toute la richesse de ce type d'ouvrage... Du coup, on a l'impression que les choses sont relativement indolores. Comment peut-on si peu évoquer les affres du refoulement; le bouillonnement intérieur, la honte, la peur, les souffrances, la dépression? Et les doutes, les remises en question, les insomnies, le cerveau passé au court-bouillon? Christian Krumb nous emmène à la rencontre des pères gays à Disneyland... Ce livre manque tout simplement d'humanité.

Ven 23 avr 2010 1 commentaire

Décevant parce que presque trop indolore ?

Peut-être est-ce dû au fait que ces récits, recueillis plus ou mons longtemps après les faits font plus état d'une situation de sérénité au moment de l'interview que la réalité d'un moment aujourd'hui en partie effacé : se souvenir des maux, surtout pour les hommes... C'est aussi une force que l'oubli. Quand la femme, elle, trimballe ses souffrances une vie durant, parfois.

Si tu m'interrogeais à chaud aujourd'hui, sans doute trouverais-je que cette rupture s'est déroulée sans dommage important. Mais bien sûr qu'en prenant du recul on retrouve les affres de la culpabilité, du risque encouru aussi (et si dans la prairie d'en face l'herbe si verte n'était qu'un leurre ?).

Les séparations réussies impliquent, il me semble, une capacité de la mère à maintenir coûte que coûte un lien solide entre les enfants et le père. Et donc la capacité de ne pas transposer sa propre rancoeur - légitime - aux enfants.
Après, le père est-il désireux de poursuivre son rôle paternel ? Autre question, trop personnelle pour que j'ose un quelconque diagnostic au nom des autres.

Dans notre cas, je sais que la garde alternée à été évoquée en premier par mon ex femme. J'ignore là aussi si cet acte est courant. Mais je ne saurai jamais comment la remercier d'une telle capacté de dédoublement, sur le coup : le conjoint  excécré mais le père préservé...

Hervé - le 07/08/2010 à 16h27