Un chemin d'acceptation de soi

un placard, un chemin, l'homme que j'aime...

Il m'a fallu du temps pour accepter mon homosexualité. J'avais alors 35 ans, j'étais marié, des enfants. Ce n'est pas une situation simple... J'ai fait des rencontres, je me suis documenté, pour comprendre ce qui m'arrivait... Echanger avec des personnes dans ma situation. Comprendre comment j'ai pu me cacher la vérité à ce point pendant toutes ces années? Alors que je connaissais mes désirs, que j'avais tous les éléments pour comprendre qui j'étais.

J'ai rassemblé ici des témoignages, des références, des poèmes qui m'ont aidé. Si ça peut être utile...

CyriIIe

PS: le site s'enrichit des récits envoyés par les lecteurs.

 

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Marié mais gay, que faire ?

J’ai découvert un site que je tiens à recommander chaudement à tous mes lecteurs. On y donne une méthode vraiment complète pour guérir de l'homosexualité: http://www.oocities.com/laseuleissue/solutions.html. Malheureusement, la guérison est rarement totale, c'est ce qu'ils expliquent:


"(...) même avec les résultats les plus encourageants, j'estime que des fantasmes homosexuels résiduels vont inévitablement ressurgir de temps à autre dans la vie du patient. C'est pourquoi je pense qu'il est très important de ne pas se concentrer exagérément sur ces fantasmes pendant la thérapie, afin que l'évolution de l'identité du patient puisse se faire sans problèmes.

mec en slip de bain En attachant une trop grande importance à la présence ou la fréquence de ces fantasmes, le thérapeute pourrait involontairement faire tourner court le processus en communiquant au patient l'idée qu'il restera toujours homosexuel à l'intérieur de lui-même, quels que soient ses efforts pour soigner son comportement extérieur. Ainsi, un de mes patients m'a dit un jour : "J'ai fini par accepter qu'il y a en moi un côté homosexuel dont je ne pourrai peut-être jamais me débarrasser. Mais peut-être que je peux apprendre à vivre avec. L'autre jour, j'étais à la piscine avec ma femme et mes enfants. Un homme qui portait un maillot très moulant est passé, et je me suis surpris à fixer cet homme et à avoir des fantasmes. Mais tout aussi rapidement, je me suis repris, je me suis dit que ce n'était pas grave, et j'ai plongé dans la piscine. Et cet épisode n'a pas gâché ma journée."

mec en slip de bain moulant L'expérience de cet homme illustre ce qui je pense est l'objectif le plus raisonnable et le plus réaliste de la psychothérapie dans le traitement de l'homosexualité : le développement d'une forte identité masculine qui permette une adaptation satisfaisante à l'hétérosexualité, et qui ne se trouve pas compromise par une intrusion intempestive de fantasmes homosexuels."

En lisant cela, je me suis dit: "Merde! C'est le résultat auquel j'étais arrivé par moi-même! Sans l’aide d’aucun psy! J’avais tellement honte de mes désirs homosexuels que je les ai cachés tout au fond et me suis marié... Et puis, à 35 ans, on peut dire que j'avais fait le plus gros, et bien non, j'en ai eu marre d’avoir honte, marre de cette lutte incessante contre moi-même et j’ai cédé à mes penchants homos vicieux! Aujourd'hui, je n’ai pas honte d’être amoureux d’un homme... Cela signifie que je suis perdu, j'en ai peur... Alors, ne faites pas comme moi les jeunes, mariez-vous pour écarter le démon de l'homosexualité, comme expliqué dans la méthode ci-dessus, et tenez-vous à cette saine résolution, sans en démordre!

Bon courage! On déprime, on veut se tuer, mais c'est pas grave, la prière aide beaucoup...

;)


Que Dieu me pardonne. Oeuvre de Mathieu Cailotto. Citation de Koltès

photo: tetu.com 

 


 

Marié mais gay, que faire ?

 

 

 

 

 

 

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Les homosexuels mariés pensent-ils à un mec quand ils font l'amour à leur femme?
La question m’intéresse à plusieurs niveaux:


- parce que, sous prétexte que j’ai été marié pendant 15 ans (avec 3 enfants), pour certains, je ne suis pas homosexuel, mais au pire bisexuel, alors que je me ressens vraiment comme homo.
- parce que la question m’a été posée plusieurs fois, par des jeunes se sentant homosexuels mais souhaitant néanmoins fonder une famille.

Il est vrai que pour moi, la situation ne s’est pas présentée de cette façon. Je ne me suis pas assis un jour à mon bureau en me disant: “CyriIIe, tu es pd, est-ce que tu choisis de l’assumer ou est-ce que tu te maries pour avoir des enfants et mener une vie normale?”. (lire à ce sujet un extrait de Ne le dis à personne de J.Bayli où Joaquin et Alfonso débattent de leur avenir d’homo). Quand je me suis marié, bien qu’attiré par les mecs, je considérais ces désirs comme un fantasme et me considérais néanmoins comme hétérosexuel (en fait, je ne me posais pas la question, le fait d’être hétéro, cela allait de soi).

Je jouais un rôle sans le savoir. Le rôle qu’on m’avait appris à jouer. Le rôle qu’on attendait de moi. Que fait un acteur qui doit jouer, par exemple, le rôle d’un homme qui pleure parce que son chien est mort? Est-ce que, pour pleurer, il se remémore des événements qui sont tristes pour lui? Non. Il se met dans la peau du personnage. Il imagine qu’il est cet homme amoureux de son chien, les bons moments passés avec lui. Il devient cet homme et pleure un compagnon perdu.

Et bien moi c’est pareil. Je me suis mis dans la peau du personnage et mon corps suivait parce que c’est le cerveau qui commande.

Dans la vie sociale, professionnelle, familiale, combien de fois jouons-nous des rôles qui ne nous conviennent pas forcément? En avons-nous toujours conscience?

Quand j’ai compris à quel point je refoulais mes vrais désirs, que j’ai compris qui j’étais, les choses ont changé et je n’avais plus envie de faire l’amour avec une femme.



 


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Ne le dis à personne « Tu oserais raconter à tes vieux que tu es homosexuel? demanda Joaquin dans l'avion qui les ramenait à Lima.
 - Pas question, t'es fou, ils feraient un scandale monstre, dit Alfonso.
 - Mais si tu les aimes, tu devrais être franc avec eux.
 - Au contraire, justement parce que je les aime, je préfère qu'ils ne sachent jamais. S'ils le décou- vraient, ils en seraient très malheureux.
 -
Un jour ils vont l'apprendre par quelqu'un d'autre, Alfonso, et ce sera pire, parce que tu passeras pour un menteur.
 - Je ne pense pas qu'ils le découvriront, Joaquin. A Lima, il y a un tas de gens qui mènent une double vie. Toute la question est de savoir s'y prendre.
 -
Mais tu ne te sentirais pas plus tranquille si tu leur disais la vérité?
 -
Dans ce pays, il y a certaines choses, dont on ne doit pas parler, et notre faiblesse pour les hommes fait partie de ces choses-là. Au Pérou, tu peux te camer, voler ou courir les femmes, mais tu ne peux pas te payer le luxe d'être pédé.
 -
Qu'ils aillent se faire foutre, les culs-bénis, et les intolérants qui ne sont pas disposés à accepter les gens comme ils sont. Qu'ils aillent au diable!
 -
Bien sûr, mais tu dois accepter que le monde est une grande saloperie, Joaquin. Les idéalistes finissent clochards. Si tu veux réussir, tu dois être pragmatique et froid.
 -
On ne vit qu'une fois, Alfonso. Si je n’ai pas le courage d'être ce que je suis, je vais arriver à la vieil­lesse en me haïssant, frustré, plein d'amertume.
 -
Tu ne me comprends pas. Je ne suis pas contre l'homosexualité. Ce que je te dis c'est de le faire en douce, de ne pas causer de scandale, de ne pas foutre en l'air ta réputation.
 -
C'est que je ne pourrais pas me marier sous pré­tex:te de garder ma réputation et de plaire à mes vieux, Alfonso. Je me sentirais un rat, un manipulateur. Je ne pourrais plus me regarder dans la glace.
 -
Le mariage a ses avantages, mec. Si tu ne te maries jamais, tu vas finir seul, amer, comme ces vieux beaux qui s'en vont à Haïti draguer un de ces acteurs de pacotille qui se baladent du côté de Miraflores. Pense un peu: ça doit être formidable de ren­trer à la maison et d'avoir une femme qui te fait de la bonne cuisine, qui te repasse tes chemises, qui te coupe les ongles et qui te met du talc sur les couilles, et des mômes qui jouent avec toi et qui te font mourir de rire. Parce que, sans déconner, Joaquin, la vie de famille, c'est génial. Moi, de toute façon, je veux avoir des petits pour les voir grandir.
 - Et quand tu as envie d'être  avec un homme, qu'est-ce que tu fais?,
 -
Tu vas faire un tour, tu dragues quelqu'un, tu te fais mettre un coup, et voilà. C'est comme quand ta voiture commence à ne plus marcher: tu la portes chez le mécanicien, on lui fait une vidange, un lavage-graissage et c'est bon, elle repart comme sur des roulettes.
 -
Je trouve ça horrible que les hommes ne soient là que pour te permettre de changer d'huile de temps en temps, Alfonso. J'aimerais avoir un compagnon, vivre avec lui.
 -
C'est impossible dans ce pays, Joaquin. Vise un  peu ce qui nous est arrivé à Punta Sal*. Si tu veux vivre avec un homme et avoir une vie de couple, il faut que tu quittes le Pérou. Le Pérou n'est pas le Danemark, Joaquin.
 - Je sais, je sais, mais si nous sommes tous des lâches et si nous continuons à nous cacher, les choses ne changeront jamais.
 -
Je préfère rester bien tranquille dans mon coin. Si tu crois que ta mission est de t'immoler pour la cause de quelques tapettes et travestis qui boivent leur blonde dans la rue des pizzas, je te félicite, je te tire mon chapeau et je te souhaite toute la chance du monde, mais ne me demande pas de sauter avec toi dans le précipice.
 - Au fond, tu crèves de trouille, Alfonso.
 - Ce n'est pas que j'ai la trouille, Joaquin, c'est que je ne suis pas aussi suicidaire que toi

James Baily in "Ne le dis à personne" chez Stock

* A Punta Sal, Joaquin et Alfonso ont été virés d'un sauna après s'être embrassés en public.

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"Je ne suis pas sans penser que celles et ceux qui vivent leur homosexualité dans l'interdit ne sont pas sans la vivre, également, librement.

Il y a la liberté de la honte et la liberté d'un silence souvent commandé, décidé pour des raisons finalement respectables. J'ai rencontré plus de fiel chez les militants que dans l'armée du silence: ils sont légions à n'avoir pas su (ou pu) s'avouer l'inavouable.

Et pourtant dans le secret de certaines rencontres, ils furent de bien plus heureux amants.

Il y a autant d'hypocrisie chez ceux qui s'affichent ou annoncent la couleur que chez ceux qui se taisent et vivent néanmoins une certaine liberté."

Yves Navarre cité par Palamede sur le blog unpiedauplacard (sur lequel je vous recommande d'aller faire un tour).

C’est quoi, la liberté? (citation du Larousse)

Liberté: Etat d’une personne qui n’est pas soumise à la servitude (contrainte, assujettissement, obligation). / Etat d’une personne qui n’est liée à aucun engagement professionnel, conjugal, etc.../ Attitude de qq’un qui n’est pas dominé par la peur, la gêne, les préjugés... / Etat de l’homme qui se gouverne selon sa raison, en l’absence de tout déterminisme.

La citation de Yves Navarre, si elle paraît belle et poétique à 1ère lecture me paraît contradictoire. "la liberté d'un silence souvent commandé, décidé pour des raisons finalement respectables."

Le silence (sur sa propre homosexualité) est soit commandé (ordonné, contrôlé, imposé), soit décidé par la personne, ce n’est pas la même chose.

Le silence (sur sa propre homosexualité) peut être décidé par la personne, en toute connaissance de cause, "je suis gay, mais je préfère me marier" comme Alfonso dans cet extrait de "Ne le dis à personne" de J Bayly Mais (et je suis "payé pour le savoir"), le silence, c’est bien plus souvent une autre réalité, comme le dit Yves Navarre:

"Ils sont légions à n’avoir pas su (ou pu) s’avouer l’inavouable." C’est très différent. On est loin de l’Attitude de qq’un qui n’est pas dominé par la peur, la gêne, les préjugés. Je ne pense pas que l’on puisse parler de liberté à propos de ceux sur lesquels c’est exercée une contrainte sociale aussi forte, par le biais de la honte en particulier (voir sur ce sujet l'article de Sébastien Chauvin sur ce blog). Les mots ont un sens, et celui de Liberté, encore plus que tout autre...

On peut saluer les hommes mariés mais gay pour leur sens de la famille, de l’engagement, leur sens moral, ils ne sont pas forcément malheureux et sont souvent "dans le secret de certaines rencontres de bien plus heureux amants". Mais je ne pense pas, honnêtement, que l’on puisse magnifier leur "liberté".

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papa, je me demandais... Tu es heureux?



"Le sujet que nous aborderons dans les lignes qui suivent pourra sembler difficile pour certains, pour d’autres essentiel à leur survie.  L’homosexualité, le couple et l’impact auprès de la famille.

Malgré une ouverture nouvelle de certaines sociétés en lien avec l’homosexualité, il n'en demeure pas moins lourd, pour certaines familles d’assumer la différence d’un des leurs.

Il n’appartient pas seulement à l’individu homosexuel de vivre des tensions énormes face a cette situation sociale pourtant bien naturelle. Cependant lorsqu’un des membres de la famille choisit de s’assumer et de dénoncer cette situation, il y a quasi, à tout coup un impact auprès des autres membres, un peu comme une roche lancée à l’eau, d’où jaillit des cercles. La souffrance du non-dit, s’installe sous-jacente à la peur de perdre. Lorsque le père ou la mère, après plusieurs hésitations, prend la décision de vivre avec sa différence, ceci lui  permet souvent de survivre à ses idéations suicidaires, cela demande tout un courage et beaucoup d’amour pour les leurs.

J’ai accompagné, au cours de ma vie,  plusieurs pères gais ainsi que quelques conjointes torturées par cette décision. Souvent la première réaction en est une de fuite et de déni de la situation, voir même de la banalisation.

toucher à l'authenticité Il est rarement épanouissant, sinon jamais; de vivre dans le non-dit et l’impact d’un modèle de mensonge ou de camouflage est plus souvent  nuisible aux enfants qui eux, dans leur grandeur d’âme rêvent de la famille aimante. Mon expérience, me fait dire que le plus beau modèle est celui de la vérité et de l’authenticité. Comment, un enfant pourra trouver son identité à lui, s’il a le modèle d’un parent qui lui refuse d’assumer la sienne. Je suis convaincu que seule la vérité rend libre, mais sa vérité à soi. Dans une conférence que j’ai donnée dans une église de Dorion, un homme m’aborda en privé et m’expliqua qu’il voulait mourir à cause  dans son incapacité d’accepter l’homosexualité de son fils. La vie est ainsi faite, que l’être humain somatise sa souffrance intérieure, donc le non-dit risque d’avoir des répercussions malsaines sur plusieurs membres de la famille. L’ouverture à la vie, le sens profond de l’amour de soi et des siens passent nécessairement par l’acceptation profonde de sa différence. Ici nous parlons d’acceptation de sa différence d’identité sexuelle, cependant il y a bien d’autres formes d’identité refoulée pour faire plaisir à l’extérieur de nous même, le fameux regard de l’autre sur soi. (...) Je demeure profondément admiratif, lorsqu’après quelques rencontres en thérapie individuelle, j’observe des sourires faire place à la peur de perdre. Chacun de nous, avons à traverser ce voyage et  chacun le fait à sa façon et à son rythme. (...)

Il y a autant de routes à suivre qu’il y a d’individus, et il appartient à chacun de choisir d’être accompagné ou pas. En tant que thérapeute en relation d’aide j’ai ce privilège d’accompagner des individus à la recherche de leur identité propre. Sortir du personnage pour toucher à l’authenticité et retrouver le pouvoir sur sa vie."

Marcel Foucault, thérapeute en relation d'aide
Je tiens à le remercier pour ce texte qui fait du bien et pour m'autoriser à en publier un extrait.

 

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Joe Mc ElderryFaire son coming-out à 20 ans, c'est considéré aujourd'hui par certains comme déjà tardif. Lu sur Yagg à propos d'un jeune homme qui fait son coming-out à 19 ans: "Mouais, j’ai du mal à comprendre comment autant de gens peuvent se “découvrir gay” si tard. Quand même à l’adolescence, ça travaille, ce genre de choses."  Forcément, moi qui ai fait mon coming out à 35 ans (auprès de ma famille et mes amis proches!), ça me fait réagir!

Au-delà de cette “norme d’âge”, je ressens aujourd’hui une pression sociale que je résume ainsi: “la société n’est plus homophobe alors il faut s’assumer !” Comme si on me déniait le droit d’avoir peur de me dévoiler. Comme si cette appréhension était devenue illégitime, presque coupable... Ressentez-vous également cette pression et comment la vivez-vous?

 

Moi elle me heurte profondément et en rajoute à mon mal-être. Comme si, en plus d'avoir honte d'être homo (ce que je ressentirai toute ma vie, même si ma raison sait bien que je ne suis pas "moins bien" que les hétéros), je devais en plus "avoir honte d'avoir honte".

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coming out liberateur

 

"tardif: qui vient tard, trop tard."  (Petit Larousse)

Aussi, je n’aime pas cette appellation de "coming-out tardif". Il y a une norme d'âge pour faire son coming-out? Il y a des coming-out qui ont lieu "trop tard"? Le bon moment pour chacun, c'est quand il se sent prêt, quand les choses ont mûri dans sa tête. Aussi, je vous propose de lire l’article d’Esteban qui, sur ce sujet, me plaît bien. Je le reproduis avec son accord.

 

Faire son coming-out tard, ce n'est pas un problème.

 

DSCN1243Il ne faut pas se presser et le faire alors qu'on ne se sent pas prêt à l'assumer à la face du monde car, quoique libérateur, c'est un acte qui peut se révéler un fardeau en fonction de notre famille, emploi, ou entourage en général...

Il me semble néanmoins dommage de nier ou de dissimuler une part relativement importante de sa personnalité pendant parfois la moitié de sa vie, voire sa vie entière ! L'amour, la sexualité, la recherche du couple et de la famille représentent pour beaucoup d'être humains des objectifs et des préoccupations majeures. Passer à côté, ce n'est pas passer à côté de sa vie... mais tout de même. Et pour beaucoup, c'est créer de la souffrance et de la frustration au quotidien.

 

Au demeurant, ce qui pousse un certain nombre d'homosexuels à rester dans le placard temporairement -ou à jamais-, c'est principalement la pression sociale qui les entoure, les attentes de la famille, la peur de perdre ses amis, ou bien d'être mis à l'écart au travail... Or, ces choses là changent actuellement à un rythme assez rapide, la situation de la jeune génération est souvent très différente de celle des actuels quadra- ou quinquagénaires. Et les mentalités ne changent que parce que certaines personnes agissent dans ce sens, et luttent tous les jours pour que l'intolérance recule. Je ne veux pas dire qu'il y a une sorte de devoir militant de s'assumer en tous endroits, car les situations personnelles changent beaucoup la donne, cependant céder à l'intolérance quand on a les capacités de faire autrement ne me semble jamais une bonne idée.

Donc, lorsqu'on ne se sent pas prêt, il ne faut pas forcer les choses parce qu'un coming-out tardif, "c'est la honte ", mais plutôt travailler à s'assumer, à s'entourer de gens qui ne vont pas vous rejeter, à se sentir à l'aise en vivant à visage découvert. Et pour beaucoup, l'heure viendra, éventuellement assez vite.
Lorsque l'on prend conscience de l'oppression, elle devient en général insupportable à court terme.

 

Esteban

 

DSCN1234

 

A propos de "ce qui pousse un certain nombre d'homosexuels à rester dans le placard", il y a effectivement les raisons objectives (la pression sociale, les attentes de la famille, la peur de perdre ses amis, ou bien d'être mis à l'écart au travail...), et il y a l'intériorisation personnelle de la honte que ce serait d'être homosexuel (homophobie intériorisée), source d'une appréhension particulière à assumer d'être comme ça face à autrui. Et si, au niveau des raisons objectives (le risque réel de perdre ses amis, d'être mis à l'écart dans son travail...), sans aucun doutes, "ces choses là changent actuellement à un rythme assez rapide", quand on a en soi une image dégradée de l’homosexualité, cela ne change pas comme ça.

Quelle est aujourd’hui la vision de l’homosexualité véhiculée dans les écoles et les collèges? Les enfants et les ados continuent d'intérioriser que "les homos sont des pd". Dans les cours de récré, les “garçons sensibles” se font toujours traiter de “tapette”, pendant que d’autres, qui savent mieux cacher leur différence, en tirent les leçons... De l'avis de plusieurs parents d'élèves, les "choses changent" surtout à partir du lycée, mais, j'ai envie de dire, "le mal est fait", dans le sens où la vision dégradée des homosexuels (et en l'occurence de soi-même pour ceux qui sont homos) a été durablement intériorisée. Bien sûr, les gamins le vivront différemment en fonction de leur tempérament, de leur histoire...

On voit, je pense, comment l'imprécation actuelle: "Mais pourquoi vous ne vous assumez pas, la société a bien évolué!" ignore cette réalité et culpabilise inutilement ce qui ont à mener, en premier lieu, un combat contre eux-même.

On voit aussi combien les interventions en milieu scolaire pour la lutte contre les discriminations, ou un film comme le Baiser de la lune sont essentiels pour que les choses changent aussi, sur ce versant-là.

 

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Je me rappelle de mes premiers coming-out...

 

Je lui dis: "Je suis homosexuel."

 

Ces mots résonnent. J'ai l'impression qu'ils sortent de la bouche d'un autre, qu'ils me sont dits en quelque sorte. Une partie de moi, confortée par le mensonge entretenu auprès de mes proches, continuait, en fait, à se considérer comme hétéro. Cette affirmation me surprend, m'agresse presque...

Comme si, de l'avoir dit, je le devenais...

 

 

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